Le zodiaque de Dendérah


Conservé au Louvre, le zodiaque de Denderah porte bien mal son nom, car il s’agit davantage d’une carte du ciel que d’un simple zodiaque. De forme ronde inscrite sur un carré de 2,50m de côté, cette sculpture provient de la chapelle osirienne du temple d’Hathor, près de la ville de Denderah, située à 600 km au sud du Caire et à 75 km au nord de Louxor.

PRÉSENTATION DE L'ENSEMBLE La carte est portée par quatre déesses figurant les points cardinaux, et huit dieux à tête de faucon symbolisant l’éternité, ce qui confère à la scène une dimension intemporelle. De plus, tous les personnages à forme humaine ou animale tournent dans le même sens, le sens direct, sens inverse de celui des aiguilles d’une montre. Loin d’être statique, la composition illustre la ronde continue, régulière et perpétuelle des corps célestes.

Ce mouvement giratoire est orienté autour d’un point central : un animal à longue pattes avec des oreilles pointues, une sorte de chacal. Peut-on l’identifier à la Petite Ourse ? Rien n’est moins sûr, car au cours des cinq siècles qui ont précédé l’ère chrétienne, aucune étoile polaire ne marque le pôle nord céleste en raison de la précession des équinoxes. Et bien peu de constellations égyptiennes ont pu être identifiées avec certitude. De plus cet animal n’apparait pas dans les représentations antérieures égyptiennes. Il semble donc être une invention récente, contemporaine de l’œuvre présentée.

LES CONSTELLATIONS Les douze constellations du zodiaque grec, colorisée en rouge, se reconnaissent fort bien. A l’intérieur de ce cercle, figurent les constellations égyptiennes de l’hémisphère nord. Seules deux, colorisées en orange, sont formellement reconnues : Meskhetiu (la Grande Ourse), sous la forme d’une patte de bœuf, représentent la cuisse du dieu Seth, et la déesse Isis sous l’apparence de Thouéris l’hippopotame, identifiée à la constellation du Dragon. Ces deux constellations figuraient déjà sur les horloges stellaires des tombes de Semnout et Sethi Ier (XIIIe siècle av J.-C).

Sous le zodiaque sont représentées des constellations australes, parmi lesquelles on reconnait Sirius-Sothis sous la forme d’une vache surmontée d’une étoile, et Orion-Osiris (colorisée en orange). Le lever héliaque de cette constellation juste avant les jours épagomènes était interprété comme la résurrection d’Osiris.

LES PLANÈTES Les cinq planètes visibles à l’œil nu, représentées en vert, sont insérées entre les constellations zodiacales : Mercure derrière le cancer, Vénus entre le Verseau et les Poissons, Mars au-dessus du Capricorne, Jupiter entre les Gémeaux et le Cancer, et Saturne entre la Vierge et la Balance.


Les planètes sont représentées à l’égyptienne, avec cependant quelques variantes. A l’exception de Mercure doté d’un visage humain, toutes les autres planètes ont des traits fantastiques : Vénus à un double visage pour rappeler les deux moments où elle est visible : le soir après la coucher du Soleil ou le matin avant son lever. Mais cette remarque étant valable également pour Mercure, pourquoi cette dernière n’est-elle pas représentée également avec un double visage ? Mars et Jupiter sont représentées toutes deux avec une tête de faucon, incarnant différent aspect du dieu Horus. Mars est Horus le rouge alors que Jupiter est Horus qui dévoile le mystère. Saturne enfin, qui est traditionnellement représentée également avec une tête de faucon, est ici pourvu d’un mufle de taureau, conformément à sa représentation d’Horus le taureau.

LES DÉCANS L’ensemble du ciel est entouré par les 36 décans (grand cercle bleu), caractéristique de l’astronomie égyptienne, et permettant de connaitre l’heure la nuit (3 décans par mois pendant 12 mois). Leur position sur le plafond de Dendérah est ici purement symbolique.

REMARQUES ASTRONOMIQUES

La présence des constellations zodiacales confirme la réalisation tardive de l’œuvre, probablement vers 50 av J.-C. En effet, les égyptiens n’ont jamais défini de zodiaque au sens astronomique du terme, contrairement aux grecs qui l’héritèrent de la Mésopotamie. Nous sommes donc ici en présence d’un document témoignant d’un mélange culturel : la fusion de l’astronomie égyptienne avec celle des grecs. Par ailleurs, la présence des planètes Vénus et Mercure situées en deux points opposés du ciel confirme le coté symbolique du document, car ces deux planètes ne s’éloignent jamais du Soleil. Leur représentation est donc ici purement fantaisiste.


Le décentrement du cercle zodiacal et des constellations de l’hémisphère nord, ainsi que la présence de constellations australes uniquement sur l’horizon sud semble indiquer une volonté de traduire la latitude. Ainsi, le ciel représenté est caractéristique d’un ciel visible aux faibles latitudes, ce qui est le cas de l’Égypte.


ÉNIGMES Dans cette composition, plusieurs éléments posent problèmes et n’ont pas encore trouvé de réponses satisfaisantes de la part des égyptologues et des astronomes.

  • Que représente l’œil Oujda situé entre les Poissons et le Bélier, ainsi que la déesse Isis tenant un babouin par la queue enfermée dans un cercle, situé entre les Poissons et les décans ? Certains y ont vu la représentation de la position de la Lune ou du Soleil, voire d’une éclipse de Lune ou du Soleil.

  • Que représente la colonne surmontée d’un faucon, insérée entre Sirius et Orion ?

Exécuté à la toute fin de la période ptolémaïque, ou plus vraisemblablement au début de l’occupation romaine, l’intérêt exceptionnel du zodiaque de Dendérah tient dans son témoignage de la synthèse de deux représentations du ciel. Dans un ensemble fortement égyptisant s’insère un zodiaque mésopotamien transmis par les grecs.



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