Qu'est ce que la lune rousse ?



Le cycle des phases de la lune commençant en avril et se terminant en mai est souvent qualifié de lune rousse. Mais de quoi s'agit-il exactement ?


L’explication du phénomène fut proposée en 1827 par l’astronome François Arago (1786-1853). Sous la Restauration, une délégation d’astronomes présente chaque année au roi la connaissance des temps, ouvrage d’éphémérides astronomiques à l’usage des marins, bien utile pour résoudre le problème de la longitude. Au cours de cette cérémonie, Louis XVIII adresse cette demande aux astronomes « Je suis charmé de vous voir réunis autour de moi, car vous m’expliquerez nettement ce que c’est que la lune rousse et son mode d’action sur les récoltes. » Les savants sont bien embarrassés, car ils ne s’étaient jamais intéressés à ce problème bien éloigné de leurs préoccupations scientifiques.

Chargé par Laplace de répondre à cette question, Arago enquête auprès des jardiniers du Jardins des Plantes de Paris. Il apprend que les jardiniers donnent le nom de Lune rousse au cycle de la Lune qui, commençant en avril, devient pleine, soit à la fin de ce mois, soit dans le courant de mai. Suivant eux, les bourgeons qui sont exposés à la lumière de la Lune roussissent, c’est-à-dire gèlent, quoique le thermomètre se maintienne dans l’atmosphère à plusieurs degrés au-dessus de zéro. Ils ajoutent encore qu’il suffit, dans des circonstances de températures d’ailleurs toutes pareilles, que des nuages ou même des écrans artificiels arrêtent les rayons de l’astre et les empêchent d’arriver jusqu’aux plantes, pour que les bourgeons demeurent parfaitement intacts.


Ces phénomènes, au premier coup d’œil, sembleraient indiquer que la lumière de notre satellite est douée d’un pouvoir refroidissant. Telle était la croyance populaire, toujours aussi vivace de nos jours. Pourtant, lorsque l’on concentre la lumière de la Lune dans un télescope et qu’on l’oriente vers un thermomètre précis au centième de degré, on constate que la température ne varie pas !


C’est en travail sur le rayonnement infrarouge qu’Arago comprendra le phénomène de la lune rousse. La nuit, le sol renvoie vers l’espace la chaleur emmagasinée pendant la journée. La température du sol peut alors se trouver inférieur de 6 à 8°C à celle de l’atmosphère ambiante, ce qui produit la rosée et éventuellement le gel. La présence de nuages limite la déperdition infrarouge vers l’espace et maintient une température plus clémente du sol, phénomène par ailleurs bien connu dans les serres qu'utilisent les jardiniers. En revanche, par ciel clair, le phénomène s’accentue. Et si le ciel est dégagé, il est facile de voir la Lune …


Ainsi, la lune rousse désigne un phénomène printanier purement physique. On notera d'ailleurs, que le qualificatif de « roux » ne désigne pas la couleur de la lune en elle-même, mais bien le gel des bourgeons. De même, il ne faut pas confondre la lune rousse avec la lune qui devient rouge-orangée au moment d’une éclipse de Lune !



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