Le Panthéon d’Hadrien est-il une représentation de la sphère céleste ?


INTÉRIEUR DU PANTHÉON, GIOVANNI PANINI (1747)

CLEVELAND MUSEUM OF ART


Le Panthéon de Rome fut élevé par Agrippa en 27 avant notre ère. Détruit par un incendie en 110, il fut entièrement reconstruit par Hadrien en 125.


L’intérieur, chef-d’œuvre d’harmonie et de grandeur est dominée par la coupole de 43 mètres de diamètre. Plus grande coupole de toute l’Antiquité, elle reste encore aujourd’hui la plus grande du monde en béton non armé.


Cette coupole ne cesse d’émerveiller et de questionner. Si sa conception interroge les architectes du monde entier, ce qui m’intéresse ici, c’est bien entendu son symbolisme.


UNE REPRÉSENTATION DE LA SPHÈRE CÉLESTE ?

Le diamètre de la coupole est égal à la hauteur dont elle s’élève. Autrement dit, on peut faire entrer une sphère parfaite à l’intérieur du monument, sphère qui épouserait parfaitement la coupole. Est ce là une volonté manifeste de l’empereur Hadrien ou un pur hasard ?



L’historien romain Dion Cassius (155 -235), est le premier auteur à interpréter la coupole comme une image de la voûte céleste. Le panthéon porterait ce nom en raison des nombreuses statues de dieux dont il est décoré (Étymologiquement, Panthéon est dérivé du grec ancien Pántheion « temple de tous les dieux », de pân « tout » et de theíos « divin »). Mais il envisage également que son nom provient de sa coupole, symbole selon lui de la convexité du ciel.


Andrea Palladio (1508-1580) reprend cette opposition dans ses Quatre livres de l’architecture expliquant l’édifice comme un lieu consacré à tous les dieux ou comme une figure qui semble représenter le globe du monde.


Tout dans le Panthéon invite au contraste. L’aspect massif et rudimentaire de l’extérieur s’oppose à son intérieur, constitué d’une immense salle vide, parfaitement circulaire. On peut également voir dans le Panthéon une opposition entre le ciel et la terre, entre la coupole matérielle et une autre abstraite. La coupole est également un symbole de l’infini et de l’inaccessible, représentation du ciel et de l’univers.


Et que dire de l’oculus de 9 mètres d’ouverture, qui semble tenir comme par miracle, et nous invite à regarder le ciel. Contrairement au cadran solaire, qui utilise l’ombre d’un gnomon, ici c’est la lumière directe du soleil qui est projetée directement sur les caissons de la coupole, représentant ainsi la course du Soleil, et donc la course du temps, sur le ciel. Certains y voient le projet d’Hadrien de se substituer symboliquement au soleil en le domestiquant.


UNE SYMBOLIQUE COMPLEXE AU SERVICE DE L'EMPEREUR

Selon l’historien de l’art Henri Stierlin (né en 1928), le Panthéon combine la sphère et le cercle, symboles helléniques de perfection, avec le Soleil, divinité incarnée par les rois en Orient. A travers cette symbolique, Hadrien amplifie implicitement le culte impérial, suivant une tendance orientalisante que poursuivront ses successeurs. Dès lors, quand Hadrien rend des décisions de justice dans son Panthéon, usage exceptionnel pour un temple, il se mettrait en scène comme une émanation de l’Hélios royal.


Quant à Marguerite Yourcenar (1903-1987), dans ses Mémoires d’Hadrien, elle place ces mots dans la bouche de l’Empereur : « J'étais remonté pour la structure même de l’édifice aux temps primitifs et fabuleux de Rome, aux temples ronds de l’Etrurie antique. J’avais voulu que ce sanctuaire de tous les Dieux reproduisît la forme du globe terrestre et de la sphère stellaire, du globe où se renferment toutes les semences du feu éternel, de la sphère creuse qui contient tout. […] Ce temple ouvert et secret était conçu comme un cadran solaire. Les heures tournaient en rond sur ces caissons soigneusement polis par les artisans grecs ; le disque du jour y resterait suspendu comme un bouclier d’or ; la pluie formerait sur le pavement une flaque pure ; la prière s’échapperait comme une fumée vers ce vide où nous mettons les dieux. »


Par sa forme circulaire, le Panthéon de Rome renvoie sans aucun doute à la symbolique céleste, une symbolique certainement plus complexe qu’il n’y parait, au service de la propagande impériale.

BIBLIOGRAPHIE :

Globes, architecture et sciences explorent le monde, Yann Rocher (sous la direction), Norma Editions (2017)

Médiateur scientifique professionnel, conférencier, auteur et astrophotographe, Sébastien Beaucourt pratique l'astronomie depuis plus de 20 ans.


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