Nicolas Copernic (1473-1543) Biographie


L'homme qui révolutionna l'astronomie.

C’est le 19 février 1473 à Torun, petite ville située aujourd’hui en Pologne, que Nicolas Copernic voit le jour. A cette époque, le contexte religieux est particulièrement agité. L’église catholique doit faire face à la Réforme protestante lancée par Martin Luther à partir de 1517, à l’origine d’une effervescence intellectuelle qui agitera savants et théologiens. Du point de vue historique, nous sommes également à une époque charnière, entre la fin du Moyen-âge et le début de la Renaissance.


Nous savons peu de chose sur la vie de Copernic, l’essentiel nous étant parvenu à travers les écrits de Rheticus, son seul disciple, qui ne rencontre l’astronome polonais qu’à la fin de sa vie. A l’âge de 10 ans, le jeune Nicolas perd son père. Il est élevé par son oncle, Lucas Watzenrode, qui poursuit une brillante carrière ecclésiastique et entend bien que son neveu suive la même voie.


DES ÉTUDES PLURIDISCIPLINAIRES

Lors de la découverte de l’Amérique en 1492, Copernic n’est encore qu’un jeune étudiant de 19 ans, inscrit depuis un an à l’université de Cracovie. Au Collegium Maius, il suit le cursus universitaire classique : le trivium (grammaire, dialectique et rhétorique), puis le quadrivium (arithmétique, géométrie, musique et astronomie). En astronomie, l’enseignement est assez pauvre. Il consiste essentiellement à une étude du Tractatus de sphaera (Traité de la Sphère) de Jean de Sacrobosco, ouvrage écrit en 1224, et premier livre d’astronomie à être imprimé à partir de 1472. Est-ce à cette époque que Copernic bénéficie de cours supplémentaires dans cette discipline ? C’est possible, mais rien ne le prouve. Toujours est-il que lorsqu’il interrompt son cursus en 1496, il semble que sa connaissance de la science des étoiles est bien supérieure à ce que laisse supposer ses études.

A l’automne 1496, on le retrouve à l’université de Bologne, en Italie, où il étudie le droit canon. Il devient l’assistant de l’astronome Domenico Maria Novara, chez qui il loge. Novara est à l’origine d’une découverte importante : il a remarqué que les latitudes de toutes les villes de méditerranée ont un décalage de 1° plus élevé que celles mentionnées dans la Géographie de Ptolémée. De cet accroissement des latitudes, il conclut à un déplacement lent et progressif de l’axe de la Terre, mouvement qui se connu plus tard sous le nom de précession. Pour le jeune Copernic, cette idée doit être révolutionnaire, car à l’époque et depuis presque quatorze siècles, on enseigne l’immobilité de la Terre, conformément à la physique d’Aristote et au système géocentrique de Ptolémée. C’est également à Bologne que Copernic réalisera sa première observation astronomique : le 9 mars 1497, la Lune occulte Aldébaran, l’étoile la plus brillante de la constellation du Taureau.


En septembre 1500, il effectue un court séjour à Rome où il donne des conférences d’astronomie. Le 6 novembre de la même année, il y observe une éclipse partielle de Lune. Le 27 juillet 1501, il est de retour en Pologne, toujours sans diplôme. Mais il peut compter sur l’influence de son oncle Lucas, qui lui à obtenu une charge de chanoine. Curieusement, Copernic obtient l’autorisation de retourner en Italie pour deux années supplémentaires, afin de poursuivre des études en médecine, alors que ce cursus se déroule en trois ans. Il s’inscrit dans la meilleure université de médecine de l’époque : Padoue. En 1503, ne pouvant terminer ses études, mais désireux de rentrer au pays avec un diplôme, il s’inscrit à l’université de Ferrare qui lui permet de valider son doctorat en droit canon. Puis il regagne définitivement son diocèse de Frombork, où il se consacre à la gestion des biens de l’Eglise catholique et à la médecine.


En 1515, les compétences astronomiques de Copernic sont parfaitement reconnues, car il est sollicité dans le cadre du Vème concile de Latran sur la réforme du calendrier, réforme qui n’aboutira pas.

L’HÉLIOCENTRISME, IDÉE NOUVELLE ?

Il semble que Copernic travaille sur l’idée d’une Terre en mouvement pratiquement toute sa vie, car déjà entre 1510 et 1513, il rédige un court traité sur ce sujet, le Commentariolus (le petit commentaire) qu’il fait circuler dans son entourage de manière anonyme et sous forme manuscrite. Comment Copernic en est venu à l’héliocentrisme ? Nous ne le savons pas. Mais cette idée n’est pas nouvelle en soi à l’époque. Elle avait déjà était proposée par Aristarque de Samos au IIIème siècle av J.C. Cependant Copernic ne peut pas connaître les idées d’Aristarque, car elles ne seront découvertes pas le monde savant qu’en 1544, dans l’édition de l’Arénaire d’Archimède, soit un an après sa mort. Mais au Moyen-âge, la place de la Terre dans l’Univers est le sujet de bien des discussions philosophiques, autant chez les savants qu’au sein de l’église. Ainsi, en 1440, le cardinal allemand Nicolas de Cues postule dans son Traité de la Docte Ignorance, que l’attribut de Dieu est l’infini et le monde sans limite. « Or, si l’Univers est illimité, pourquoi la Terre serait-elle en son centre ? »

LE SYSTEME HELIOCENTRIQUE PROPOSE PAR COPERNIC : LE SOLEIL EST AU CENTRE DU SYSTEME, ET LA TERRE EST UNE SIMPLE PLANETE EN MOUVEMENT AUTOUR DE LUI. CONFORMEMENT AUX IDEES D'ARISTOTE,

LES PLANETES CONSERVENT DES ORBITES CIRCULAIRES

BON SENS ET SIMPLIFICATIONS

Au début du XVIème siècle, adhérer à l’héliocentrisme tiens plus du bon sens et de la philosophie, que de la science. Copernic s’en explique d’ailleurs très bien : « Si la Terre, comme le ciel et comme les astres, est sphérique, et si les astres sont animés de mouvements circulaires, pourquoi la Terre n’aurait-elle pas ce même mouvement circulaire ? » Pour lui, il est également plus simple de mettre en mouvement le contenu de l’Univers, c’est à dire la Terre et les planètes, plutôt que le contenant : l’énorme sphère des fixes.


Son système héliocentrique apparaît également plus harmonieux : les planètes sont rangées autour du Soleil par vitesse croissante tout en conservant des trajectoires circulaires et des vitesses uniformes, conformément à la philosophie d’Aristote. Cela lui permet de se débarrasser de l’équant, astuce mathématique introduite par Ptolémée, mais qui avait l’inconvénient de déplacer légèrement la Terre du centre de l’Univers. Mais le grand avantage du système héliocentrique est surtout de pouvoir proposer une explication simple aux mouvements de rétrogradation des planètes : elles deviennent une sorte d’illusion, lorsque la Terre prend un tour à ces dernières. Toutefois, le système de Copernic ne présente pas que des avantages, ce que ses détracteurs se chargeront de rappeler : en rangeant les planètes par vitesse croissante, il ne peut plus y avoir de séparation entre le monde sublunaire et le ciel comme l’affirmait Aristote. Et si la Terre est vraiment en mouvement, on devrait observer une parallaxe des étoiles, chose que l’on ne perçoit pas (le phénomène ne sera finalement observé par Bessel qu’en 1838).

RETROGRADATION DE LA PLANETE MARS DANS LE SYSTEME HELIOCENTRIQUE : LORSQUE LA TERRE DOUBLE MARS, CETTE DERNIERE SEMBLE REBROUSSER CHEMIN.


L’ŒUVRE D’UNE VIE : LE DE REVOLUTIONIBUS

Le Commentariolus circulant de proche en proche, il finit par arriver dans les mains de George Joachim von Lauchen, plus connu sous le nom de Rheticus. Ce jeune protestant âgé de 25 ans, est professeur de mathématiques de Wittenberg. Fin mai 1539, il se rend à Frombork pour rencontrer Copernic, alors âgé de 65 ans.


Rheticus sera le seul disciple que Copernic ait eu de son vivant. Nous savons par ses écrits qu’en 1539, l’essentiel du De Revolutionibus est pratiquement achevé. L’ouvrage se décompose en six livres : les trois premiers sont déjà entièrement rédigés, le quatrième est en voie d’achèvement et seuls les deux derniers sont encore à l’état de brouillon. Rheticus entreprend alors la rédaction d’un résumé des thèses coperniciennes, la Narratio Prima, qui est publiée dès 1540. Probablement rassuré par l’accueil favorable dont bénéficie la Narratio, Copernic achève son ouvrage et Rheticus en supervise la publication. La légende veut que le chanoine polonais ait en main le premier exemplaire de son livre, juste avant de rendre l’âme, le 24 mai 1543.

LE DE REVOLUTIONIBUS OUVERT A LA PAGE 9, OU FIGURE LE SCHEMA DU SYSTEME HELIOCENTRIQUE. (BM de Soissons)


On raconte souvent que Copernic retarda au maximum cette publication car il craignait pour sa vie. Pourtant, en dédicaçant le De Revolutionibus au pape Paul III, Copernic ne prend aucune précaution particulière. Bien au contraire : « Si d’aventure de vains discoureurs qui, tout en étant totalement ignorants des mathématiques, prétendent néanmoins juger de ces matières et qui, en raison de quelques passages de l’Ecriture malignement détourné dans le sens de leur opinion, osent blâmer et attaquer mon ouvrage eh bien ! je ne me soucie aucunement d’eux ; mieux même ; je méprise leur jugement comme téméraire. »


Après la publication de l’ouvrage, on ne trouve aucune trace de réactions négatives de l’Eglise catholique, qui ne condamnera le De Revolutionibus qu’en 1616, soit plus de 70 ans après sa publication. Il semblerait qu’au contraire, ce soient les luthériens qui développent un sentiment anticopernicien, obligeant d’ailleurs Rheticus à choisir Nuremberg plutôt que Wittenberg pour l’impression. Il faut dire également que la préface ajoutée par le théologien Andreas Osiander permet au livre d’être publié sans trop de difficulté. Osiander a cru bon d’avertir le lecteur que l’auteur se livre à une pure hypothèse mathématique sans vouloir prétendre décrire la réalité du monde. La préface étant anonyme, de nombreux savants et théologiens pensent qu’elle fut rédigée par Copernic lui-même.


DES USAGES LONGS A CHANGER

Cependant, il ne faut pas croire qu’après la publication du De Revolutionibus, le système héliocentrique s’impose. Les savants et les théologiens conservent encore pendant plusieurs années le système géocentrique, ce pour plusieurs raisons. D’abord parce que du point de vue mathématique, les deux systèmes sont équivalents, il s’agit juste d’un changement de référentiel. Ensuite, parce qu’il est difficile de s’extraire d’un modèle dominant les pensées depuis près de quatorze siècles, modèle érigé comme conforme à l’interprétation des Ecritures. Enfin, parce qu’il est difficile d’aller à l’encontre des observations quotidiennes : chaque jour les observateurs voient les astres se lever et se coucher, et rien ne leur indique que la Terre est en mouvement !


En fait, le De Revolutionibus ne commença à faire parler de lui qu’à partir de 1551, lorsque les Tables pruténiques, premières tables d’éphémérides calculées à partir du modèle héliocentrique, sont publiées. Les astronomes-astrologues de l’époque découvrent alors qu’un autre modèle que celui de Ptolémée permet de calculer la position des planètes. Cependant, établir des éphémérides à partir du système copernicien n’était pas forcément plus aisé qu’avec le système géocentrique, et les prévisions des tables pruténiques ne sont guère plus précises que les Tables alphonsines, qu’elles proposent de remplacer. Il faudra attendre la publication des lois de Kepler, puis les observations de Galilée, et surtout la découverte de la gravitation universelle par Newton, pour découvrir à quel point le système héliocentrique de Copernic est une révolution.



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