Météorites, ces pierres qui tombent du ciel


L’idée qu’il puisse pleuvoir des pierres fut longtemps perçue comme de la science-fiction. Il faudra attendre le début du XIXème siècle et l’enquête de l'astronome Jean-Baptiste Biot pour comprendre la nature céleste des météorites.


Les météorites sont mentionnées très tôt dans la littérature. Elles apparaissent dans le plus ancien texte littéraire connu, l’épopée de Gilgamesh, qui date du IIIe millénaire avant notre ère. Dans un rêve, le héros voit une pierre tombée du ciel. Elle est si lourde qu’il n’arrive pas à la soulever. Elle fut alors vénérée par les habitants.


Si les météorites font partie de la culture populaire depuis bien longtemps, la plus ancienne trace conservée de la chute d’une météorite est celle qui se produisit en 467 avant notre ère, en Thrace, à Aigos Potamos. Aristote en parle brièvement dans ses Météorologiques. Pour le philosophe grec, les météorites font partie du monde terrestre, tout comme les comètes font partie de l’atmosphère. Ces dernières, en se déplaçant, produisent un vent excessif, capable de soulever les pierres dans le ciel.


En 218, Héliogabale, prêtre du Soleil en Syrie, devient empereur de Rome. Il se rend dans la ville éternelle avec une météorite. Le voyage, qui dure plusieurs mois, est gravé sur des pièces de monnaie où l’on voit la pierre transportée sur un char. A Rome, Héliogabale tente d’imposer le culte de sa pierre, sans succès. Il est assassiné deux ans plus tard.


PIÈCE DE MONNAIE ILLUSTRANT LA MÉTÉORITE D'HELIOGABALE


Au Moyen-Age, sous l’influence du christianisme, les chutes de météorites sont perçues comme annonciatrice de l’Apocalypse. Elles sont souvent ignorées pour ne pas contredire les Saintes Écritures qui décrivent le ciel comme éternel et parfait, demeure de Dieu. L’événement le plus célèbre de cette époque est certainement celui qui illumina le ciel d’Alsace, le 7 novembre 1492. Une météorite de plus de 100 kg vient de s’écraser près du village d’Ensisheim, en Alsace. Interprétée comme un message divin, elle est enchaînée dans l’église de peur qu’elle ne remonte vers le ciel. Elle n’en sera libérée qu’en 1795 !

ILLUSTRATION DE LA CHUTE DE LA MÉTÉORITE D'ENSISHEIM


Il faut attendre le siècle des Lumières pour que les scientifiques s’intéressent à ce phénomène. Jusque-là, les histoires de pierres qui tombent du ciel étaient considérées par les savants, comme des histoires à dormir debout. En 1768, après trois chutes spectaculaires en France, l’Académie des Sciences confie à trois chimistes l’étude du phénomène. Malheureusement, la chimie n’en étant encore qu’à ses balbutiements, le jeune Lavoisier et ses compères conclut qu’il s’agit de pierres semblables à du grès, probablement frappées par la foudre.


En 1794, un savant allemand, Ernest Chladni publie un petit livre dans lequel il défend une idée originale, et pour le moins audacieuse : les météorites auraient une origine extraterrestre. Il émet également l’hypothèse que les météores, phénomènes lumineux aperçus dans le ciel, sont dus à la rentrée atmosphérique des fameuses pierres. Sans surprise, les réactions des scientifiques sont glaciales.



La même année, une météorite tombe à Sienne. L’année suivante, une autre tombe à Wold Cottage, en Angleterre. Le phénomène se reproduit en 1798 à Bénarès, en Inde. L’Europe savante se passionne pour le phénomène. Comme souvent, les scientifiques sont divisés. D’un coté, ceux qui défendent les hypothèses de Chladni. De l’autre, les partisans d’une origine produite par la foudre ou les volcans, que l’on commence à peine à étudier.


Il faut attendre le 26 avril 1803 et la chute d’une météorite dans le village normand de l’Aigle pour résoudre la question. L’Académie des Sciences envoie le jeune Jean-Baptiste Biot (1774-1862) pour mener l’enquête. Il l’aborde sans à priori « Qu’importent les préjugés de ceux à qui tout manque pour se former une opinion. Toujours dans les questions douteuses, l’ignorant croit, le demi-savant décide, l’homme instruit examine » écrira t-il. Sur place, le savant récolte le même témoignage, quel que soit la situation sociale des témoins. Il constate également que les fragments qu’on lui montre ne ressemblent à aucune autre pierre de la région. Il prend également soins de faire le tour des mines et des fonderies de la région. De retour à Paris, Biot conclut à l’origine extraterrestre des météorites, car en se rendant lui-même sur les lieux de l’événement, il a établi la crédibilité des témoignages.


PLAQUE DE RUE A PARIS, EN HOMMAGE A JEAN-BAPTISTE BIOT


Si les météorites sont devenues des objets de sciences à part entière, la controverse sur leurs origines n’est pas close. Biot lui-même pense que ces pierres sont projetées par des volcans situés à la surface de la Lune. Ce n’est qu’au milieu du XXe siècle que l’on comprendra que la plupart des météorites proviennent de la ceinture d’astéroïdes située entre Mars et Jupiter.

Médiateur scientifique professionnel, conférencier, auteur et astrophotographe, Sébastien Beaucourt pratique l'astronomie depuis plus de 20 ans.



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