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Les fêtes païennes du solstice d'hiver


Le solstice d’hiver, qui a lieu vers le 21 décembre dans l’hémisphère nord, est le jour le plus court de l’année et marque le début de l’hiver. Ce jour-là, le Soleil occupe sa position la plus basse pour l’année. A Reims (latitude 49° nord), le Soleil culmine à seulement 18° de hauteur au dessus de l’horizon sud à midi solaire.


L’approche de ce jour particulier a toujours été une source d’inspiration qui a alimenté nombre de mythes et de tradition à l'origine de la fête de Noël. Comme nous allons le voir, pour les civilisations antiques, le solstice d’hiver n’était pas synonyme du début de la période hivernale. Bien au contraire, ils célébraient le retour de la lumière et l’augmentation de la durée du jour.


TÉMOIGNAGE DU NÉOLITHIQUE

Nous savons que les hommes s’intéressent au cycle solaire depuis au moins le néolithique. Deux constructions parvenues jusqu’à nous en témoignent : le tumulus de Newgrange en Irlande et celui de Maes Howe en Écosse.


Newgrange

LE TUMULUS DE NEWGRANGE


Situé au nord de Dublin, ce tumulus de 85 mètres de diamètre est daté de 3200 avant J-C, soit près de 600 ans avant la grande pyramide de Gizeh en Égypte. Il abrite trois chambres funéraires que l’on atteint après un long passage couvert, rectiligne. Pendant deux semaines autour du solstice d’hiver, la lumière du Soleil levant pénètre directement dans la chambre centrale par l’ouverture située au-dessus de l’entrée principale.

A L’INTÉRIEUR DU TUMULUS, UN LONG COULOIR AMÈNE A LA CHAMBRE FUNÉRAIRE CENTRALE.


Maes Howe

LE TUMULUS DE MAES HOWE

Situé sur l’île principale des Orcades, au nord de l’Écosse, ce tumulus de 35 mètres de diamètre est daté de 2750 avant J-C. A la différence de Newgrange, l’entrée du tunnel principal est orientée cette fois, vers le Soleil couchant du 21 décembre.


Dans les deux cas, les spécialistes pensent qu’il s’agit là d’un rituel funéraire. Le solstice d’hiver amorce le renouveau grâce à l’augmentation de la durée du jour. Nos ancêtres ont pu penser que ce solstice faciliterait ainsi le passage des âmes vers une nouvelle vie, la renaissance de la nature entrainant la renaissance spirituelle des défunts.


LES FÊTES DE LA YULE

Yule est le terme utilisé pour désigner Noël dans les pays nordiques (Islande, Norvège, Suède et Danemark). En effet, dans ces régions, le solstice d’hiver est davantage marqué avec une durée du jour extrêmement courte. A titre d’exemple, le 21 décembre à Oslo, le jour ne dure que 5h30.


Selon la mythologie germanique, c’est le moment de l'année où Heimdall, dieu de la lumière et de la Lune, revient voir ses enfants. Il visite ainsi chaque foyer pour récompenser les enfants méritants. En revanche, ceux qui n’ont pas été sage retrouvent à l'aube, leurs chaussettes remplies de cendres.

LE DIEU HEIMDALL


Origine du sapin

A cette période de l’année, les peuples nordiques avaient l’habitude de planter un sapin devant leur maison. En effet, les conifères restant verts en hiver, sont un symbole de la persistance de la vie.


A partir du XVIe siècle, la tradition du sapin se développe dans la communauté huguenote, car les protestants voyaient dans la crèche un symbole d’idolâtrie. Le sapin est alors décoré de pommes rouges, représentant le jardin d’Eden. En France, la première trace d’un sapin remonte à 1521. Cette année-là, un édit municipal alsacien autorise les habitants à couper un arbre pour les fêtes. La tradition se répandra dans toute l’Alsace à partir du XVIIe siècle. Quant aux boules, elles feront leur apparition en 1858, année de pénurie de pommes. Un artisan de Lorraine eu alors l’idée de souffler des boules en verre pour les remplacer.


DANS LE MONDE ROMAIN

LES SATURNALES PAR ANTOINE FRANÇOIS CALLET (1753)


Dans le calendrier romain, le solstice d’hiver avait lieu le 25 décembre. Du 17 au 24 décembre se déroulaient alors les fêtes Saturnales, en l’honneur de Saturne, dieu de l’agriculture et du Temps. Durant cette période, d’énormes banquets étaient organisés, pendant lesquels les rôles étaient inversés : les esclaves jouissaient d'une apparente liberté et les maîtres servaient les esclaves. La tradition voulait que les romains décorent les murs de leurs maisons avec du lierre, symbole de la persistance de la vie, tout comme pouvait l’être le sapin dans les pays nordiques.

MITHRA (Musée du Louvre-Lens)

Les soldats romains s’approprièrent le culte persan de Mithra, dieu de la vie et de la lumière qui lutte contre les ténèbres et le mal. Ce culte était très répandu entre le IVème et le IIIème siècle avant J.-C. Au moment du solstice, la tradition voulait que l’on sacrifie un taureau, symbole de la fécondité de la nature.


A partir du IIIe siècle après J-C, le culte impérial tombé en désuétude. L'empereur Aurélien (270-275), décida alors d'instaurer un culte commun à tout l'Empire afin de renforcer le lien commun entre les provinces. Ce nouveau culte devait être pour cela suffisamment neutre et universel pour être accepté de tous. Il choisit donc un culte solaire car « le Soleil brille pour tous » : c'est le culte de Sol Invictus, le Soleil Invaincu. Aurélien lui fit édifier à Rome un temple sur le Champ de Mars, créa un collège de Pontifes du Soleil, et fit du culte de Sol Invictus une sorte de religion de l’État se substituant au culte impérial.

PIÈCE DE MONNAIE ROMAINE REPRÉSENTANT L'EMPEREUR CONSTANTIN

AUX COTES DE SOL INVICTUS


La grande fête du Soleil Invaincu avait lieu le 25 décembre : c'était le Dies Natalis Solis, jour de naissance du Soleil, christianisé en l’an 354 par le pape Libère. Natalis a donné Noël en français. Rappelons que la date de naissance du Christ est totalement inconnue.


DANS LE MONDE CHRÉTIEN

L’Avent vient du latin adventus qui signifie « arrivée, avènement ». Le temps de l’Avent est donc, pour les chrétiens, la période de préparation à la venue du Christ, le 25 décembre. Cette date est primordiale, car elle sonne le début de l’année liturgique. Au début de la chrétienté, l’Avent durait six semaines pendant lesquelles on devait observer un jeûne trois jours par semaine. En 590, le pape Grégoire le Grand réduit le carême d’hiver à quatre semaines, et fait débuter l’Avent le quatrième dimanche avant Noël.


La couronne de l’Avent

Dans l’Antiquité, les Romains confectionnaient des roues de verdure puis les enflammer pour célébrer la lumière. La roue est un symbole très riche : elle évoque le temps qui passe, le cycle du Soleil et la succession des saisons. Après la christianisation des fêtes païennes, la couronne est investie d’une nouvelle signification. Elle rappelle la couronne du Christ, la ronde de la vie éternelle et la résurrection. Elle symbolise surtout le temps d’attente avant Noël, tout comme peuvent l’être nos actuels calendrier de l’Avent. Les quatre bougies qui la compose sont alors allumées les unes après les autres au cours des quatre dimanches précédant Noël. Le soir du 24 décembre, les quatre bougies sont ainsi allumées. La couronne se répandra dans les foyers chrétiens à partir du XVIe siècle, d’abord en Allemagne, puis en Alsace, avant d’arriver en France.


La buche

Selon la tradition, la buche doit est choisie avec grand soin, quelques jours avant Noël, de préférence sur un arbre fruitier symbole d’abondance ou sur un chêne dont le bois noble se consume lentement. Car la buche doit réchauffer la maison pendant la nuit de Noël, mais elle doit continuer de bruler jusqu’à Épiphanie. On l’allume le soir de Noël avec une chandelle rapportée de l’église ou avec un fragment de la buche de l’année précédente, symbolisant le cycle du temps. Du point de vue religieux, elle symbolise le pêcher du monde, consumé par le feu purificateur. Les cendres sont alors conservées, car elles sont sensé apporter bonheur et prospérité pour l’année à venir. La buche de Noël a disparue au XIXème siècle avec la fin des cheminées, et l’arrivée des radiateurs. Elle sera alors remplacée par une pâtisserie à partir de 1870.


L’ÉPIPHANIE

Douze jours séparent Noël de l'Épiphanie. Ces jours correspondent au décalage entre l'année lunaire et l'année solaire. L'Épiphanie est donc fêtée le 6 janvier pour célébrer l’arrivée des Rois-Mages devant la crèche. Mais il n’en a pas toujours été ainsi.

LA FÊTE DES ROIS PAR JACOBS JORDAENS (1646)


En effet, le mot Épiphanie apparait au XIIe siècle. Il vient du grec epiphanios « apparition ». Il s’agit une nouvelle fois d’une christianisation d’une ancienne fête païennes, la fête des Rois, qui s’inscrit pleinement dans les festivités du solstice d’hiver. A l’origine, cette fête des Rois n’a aucun lien avec les Rois-Mages, car déjà chez les Mésopotamiens, on tirait au sort un roi fictif, qui possédait l'autorité suprême le temps de la fête. Les barrières sociales et sexuelles étaient abolies, tout le monde se retrouvait sur un pied d'égalité. Cette tradition sera perpétuée pendant les Saturnales romaines. On partage alors une galette, ronde et jaune, symbole du Soleil et du rallongement de la durée du jour.


LA CHANDELEUR

40 jours après Noël vient la Chandeleur. Cette fête a donc toujours lieu le 2 février. Comme son nom l’indique, c’est la fête des chandelles, donc du retour de la lumière. Elle marque la fin prochaine de l’hiver et l’arrivée du printemps.


Pour les chrétiens, ce jour symbolise la présentation de Jésus au temple. En effet, Jésus est juif et le premier né de sa famille. Selon la coutume, il doit être consacré au Seigneur. Il est alors accueilli par le vieillard Siméon qui aurait dit « Il est la lumière qui éclairera les nations ».

Comme pour la galette des rois, la forme ronde et jaune des crêpes rappelle le Soleil. C’est également l’occasion de prendre sa revanche sur la nature, et de montrer que les greniers ne sont pas vides.


L’idée de manger des crêpes à la Chandeleur viendrait du pape Gélase Ier (492-496). A la fin du Ve siècle, il aurait eu l’idée de réaliser des galettes plates pour accueillir les pèlerins qui arrivaient à Rome.

Traditionnellement, la Chandeleur clôture la période des fêtes de Noël. C’est le moment où l’on démonte le sapin, pour se préparer à débuter le cycle de Pâques.


Comme nous venons de la voir, et en dehors de toute considération religieuse, les traditions que nous perpétuons au moment des fêtes de Noël (cadeaux, repas familiaux, période de joie et de gaieté, décoration de la maison) rappellent encore les éléments des contes et traditions populaires associées au jour le plus court de l’année et au retour de la lumière.



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