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Qu'est-ce-que l'étoile des Rois-Mages ?

Chaque année à l’approche de Noël, l’Étoile des mages revient dans les conversations et nous interroge. Quelle peut être la nature de cette astre qui, selon la tradition chrétienne, guida les mages jusqu’à la crèche où venait de naître le Christ ?

Étoile des mages ou Étoile de Bethléem : c'est ainsi que les Chrétiens la nomment. Mais chose étonnante pour un astre aussi célèbre, parmi les quatre évangélistes, seul Matthieu en parle : "Voici [que] des mages d’Orient arrivèrent à Jérusalem et dirent : où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Car nous avons vu son étoile en Orient, et sommes venus pour l’adorer" (II-1,2). En supposant que derrière cette "étoile" se cache un phénomène astronomique réel, peut-on en retrouver la trace ? Pour cela, il nous faut d’abord déterminer à quelle période les événements se sont déroulés et définir qui étaient les mages.


DES HOMMES, DES LIEUX, DES DATES

L’Évangile de Matthieu indique peu de chose sur les mages, mis à part leur provenance "d'Orient". Cet "Orient" est un terme extrêmement vague ; il désigne une vaste région qui s’étend sur la Palestine, l’Arabie, la Mésopotamie et la Perse. Pour certains historiens, les mages pourraient venir de Babylone, qui était alors un grand centre d’astronomie. Le mot "mage" désigne alors une caste de la société, qui possède à la fois des pouvoirs religieux et politiques. Les mages sont à la fois astronomes et astrologues, familiarisés avec l’aspect du ciel et les prophéties.


Le nombre de mages n’est jamais mentionné par Matthieu. Le philosophe grec Origène d’Alexandrie (vers 185-253) a fixé le nombre de visiteurs à trois en se basant sur les trois cadeaux offert au Christ : l’or, l’encens et la myrrhe. Plus tard, légendes et traditions se sont chargées de faire évoluer les représentations, les transformant en rois, et en leur donnant même un nom.


Autre interrogation, la date de naissance du Christ. Dans la Bible, elle n’est jamais précisée. A partir du IVe siècle, l’Église retient la date du 25 décembre pour christianiser les fêtes païennes du solstice d'hiver. Mais ce n’est qu’en 532 que l’on décide de compter les années à partir de la naissance du Christ : chargé des calculs, le moine Denys le Petit (Dionysius Exiguus) situe la Nativité en l’an 753 après la fondation de Rome, événement de référence du calendrier romain. Le zéro n’existant pas à cette époque en Occident, ce jour est dorénavant considéré comme le 25 décembre de l’an 1.


Mais le moine Denys a commis une erreur. Celle-ci est attestée par l’évangile de Matthieu qui précise que les événements se déroulent sous le règne du roi Hérode : "Jésus étant né à Bethléem en Judée au temps du roi Hérode" (II,1). D'après l'historien juif Flavius Josèphe, Hérode est mort peu après une éclipse de Lune. Aujourd’hui, cette éclipse peut être facilement datée. Elle s’est produite dans la nuit du 12 au 13 mars de l'an 5 avant J.-C. En conséquence, la naissance du Christ serait antérieure à cette année-là. D'après l'Évangile de Luc, Joseph et Marie séjournent à Nazareth en raison du recensement général décrété par Auguste : "En ce temps-là parut un édit de César Auguste, ordonnant un recensement de toute la terre" (II-1). Le décret d’Auguste est pris en 8 av. J.-C. Étant donné la difficulté des moyens de communications, il s’écoule plusieurs mois avant que le recensement soit effectif en Palestine.


Aux regards des faits historiques et astronomiques, on peut alors situer la date de naissance du Christ entre 8 et 5 avant J.-C.

LES REPRESENTATIONS DES MAGES ET DE L'ETOILE DE BETHLEEM N'ONT CESSE D'EVOLUER A TRAVERS LE TEMPS. SUR LE VITRAIL DE LA BASILIQUE SAINT-DENIS (93), L'ASTRE EST UNE SIMPLE ETOILE. QUANT AUX MAGES, ILS ONT LE MEME AGE ET SONT JUCHES SUR DES CHEVAUX, ALORS QUE SUR LA PEINTURE DE GIOTTO, ILS ONT DES AGES DIFFERENTS ET SONT ACCOMPAGNES DE DROMADAIRES.

QUELLE « ÉTOILE » ?

Pour identifier l'étoile des mages, il faut donc rechercher des phénomènes astronomiques qui se sont produits pendant cette période. Précisons tout de suite qu’il ne peut pas s’agir de l’étoile polaire car en raison de la précession des équinoxes, celle-ci est éloignée de l'axe de rotation céleste à l’époque qui nous intéresse.


Selon Matthieu, le phénomène ne devait pas être spectaculaire, car Hérode se fait préciser les caractéristiques de l'apparition : "Alors Hérode fit appeler en secret les mages et s’enquit soigneusement auprès d’eux depuis combien de temps l’étoile brillait" (II-7). En revanche, son caractère exceptionnel l'avait fait remarquer par les mages familiers de l'observation du ciel. Les phénomènes astronomiques que nous recherchons appartiennent à deux catégories distinctes : ils peuvent être prévisibles (conjonctions planétaires) ou spontanés (comètes, novae). Pour ces derniers, leur arrivée impromptue perturbe gravement l’organisation céleste telle que la conçoivent les astronomes antiques. Les comètes ou les novae sont alors souvent considérés comme néfastes, et il est difficile d’imaginer qu’ils puissent être interprétés comme l’annonce de l’arrivé du Christ.


Un rapprochement planétaire conviendrait mieux : peu spectaculaire, ce qui expliquerait qu’Hérode ne remarque pas l’événement, il serait suffisamment rare pour frapper l'imagination des astrologues-astronomes. Les mages en tant qu’astronomes avertis connaissent parfaitement les mouvements des planètes, et plus particulièrement ceux de Vénus, la fameuse "Étoile du Berger". Cette dernière peut donc difficilement être interprétée comme Étoile de Bethléem, à moins de la mettre en scène dans une conjonction particulière.


Ce fut le cas le 17 juin -1, lorsque Vénus a croisé Jupiter. L’écart entre les deux planètes était tel qu’elles pouvaient être confondues en un seul point. Quelques jours auparavant, Vénus était en conjonction avec Régulus, l’étoile des rois. D'un point de vue astrologique, la planète Jupiter est également associée à la royauté. Comment ne pas voir dans cette conjonction un signe royal ? L’hypothèse est intéressante, mais elle a cependant l’inconvénient de se dérouler en dehors de la période définie plus haut…


L’HYPOTHESE DE KEPLER

A la veille de Noël 1603, Johannes Kepler est fasciné par un rapprochement entre Mercure, Jupiter et Saturne. Il imagine alors qu’un événement similaire pourrait être à l’origine de l’étoile des mages. Après plusieurs années de travail sur la chronologie du Christ, il découvre qu’une conjonction spectaculaire s'est produite en 7 avant J.-C. Cette conjonction mettant en scène Jupiter et Saturne fut triple, car les deux planètes ont décrit simultanément leurs boucles de rétrogradation dans la même région du ciel. Elles se sont rapprochées à trois reprises les 29 mai, 6 octobre et le 1er décembre, devant la constellation des Poissons.

LA TRIPLE CONJONCTION DE L'AN 7 AVANT J.-C, RECONSTITUEE AU PLANETARIUM DE REIMS. LA TRAINEE LA PLUS LONGUE CORRESPOND AU DEPLACEMENT DE JUPITER. EN DESSOUS, CELLE DE SATURNE. LES DEUX PLANETES RETROGRADENT EN MEME TEMPS, DEVANT LA CONSTELLATION DES POISSONS.


Pour Kepler, ce phénomène pouvait être prévu par les Mésopotamiens qui ont pu donner l'interprétation suivante : dans l’astrologie babylonienne, Jupiter est le symbole de la royauté et Saturne le protecteur d’Israël. Quant à la constellation des Poissons, elle est attribuée au peuple juif. Pour les mages, la triple conjonction annonce l’arrivée du roi protecteur d’Israël au sein du peuple juif. Le premier rapprochement (29 mai) décide les mages à entreprendre leur voyage. L'expédition entre Babylone et Jérusalem dure environ quatre mois et ils arrivent à Jérusalem le jour de la deuxième conjonction, le 6 octobre. L'arrivée des mages trouble Hérode qui craint une menace pour son trône. Après l'audience des mages avec le roi, la troisième conjonction se produit le 1er décembre, leur indiquant la direction de Bethléem.


Aussi séduisante soit-elle, l’interprétation de Kepler doit être prise avec circonspection, car la coïncidence entre les trois conjonctions et les étapes du voyage des mages qu’il a imaginé ne peut être que fortuite. D’ailleurs, l’hypothèse de Kepler, pas plus que n’importe quel phénomène astronomique connu à ce jour, n’expliquent le déplacement particulier de l’étoile : "Et voici [que] l’étoile qu’ils avaient vue en Orient marchait devant eux jusqu’à ce qu’étant au-dessus du lieu où était le petit enfant, elle s’arrêta" (Matthieu II-9). Pour un astronome, l’ensemble de la voûte céleste semble tourner d’Est en Ouest en raison de la rotation de la Terre, et aucun astre ne s’immobilise en plein ciel. Finalement, devant autant de mystères, la seule certitude sur cette étoile, c’est peut être de la retrouver tous les ans… en haut du sapin.


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